L’Opération d’Intérêt National du plateau de Saclay concerne tout le monde comme son nom l’indique. Elle se concrétise notamment en juillet 2008 par la labellisation du projet « CAMPUS de Saclay » retenu par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.
Pour les habitants et usagers quotidiens de l’actuelle « Ile de science », l’existence de ces projets signifie imparablement :
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renchérissement des coûts immobiliers
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difficulté accrue dans les transports privés et collectifs
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augmentation de la précarité des emplois
Nous voulons vous alerter sur les conditions dans lesquelles se développent ces projets.
La déclaration d’OIN redonne prééminence à l’Etat sur les collectivités territoriales pour les questions d’aménagement.
Avec la nomination d’un secrétaire d’Etat à la Région Capitale, l’OIN devient un champ de bataille privilégié pour le conflit politique avec le Conseil Régional d’Île-de-France administré par l’opposition --- ce conflit se manifeste par exemple dans le cadre du syndicat qui gère les transports en Île-de-France.
Jusqu’à présent aucune instance de ces projets n’accueille de représentants élus des travailleurs.
Quel est le contenu de l’OIN ? Celui d’une vaste opération immobilière sur des terrains essentiellement agricoles, mais prolongeant l’un des secteurs urbain le plus riche et le plus équipé de France et DEJA le plus dense scientifiquement. C’est dire que le risque de la spéculation est avéré, puisqu’il n’y a aucun risque d’échec !
Le projet « CAMPUS » prévoit notamment le regroupement de la plupart des Ecoles Supérieures encore présentes dans Paris ou en banlieue sud, sur le plateau. Des locaux pour accueillir des groupements et pépinières sont prévus. Des logements étudiants (de l’ordre de 10 000) et des ensembles de logements bas et moyens standings sont également promis.
Un développement des transports et des lieux de services, de commerces ou culturels est naturellement programmé. De plus, les plus hautes exigences écologiques seront respectées dans ces chantiers.
La justification de cette concentration inouïe, effectivement sans comparaison en Europe, en plus de créer un « écosystème de l’innovation » serait la réponse au besoin pressant d’investissements de nos entreprises qui ne parvient pas à s’épancher !
Effectivement la construction de logements et de cités universitaires est indispensable, ne serait-ce que pour freiner les prix dans un secteur où l’immobilier ne montre pas de signe de faiblesse. Effectivement un renouvellement des locaux des Etablissements d’Enseignement Supérieur est nécessaire, à commencer par ceux de Paris XI, Orsay. Cela relève du partenariat ordinaire entre l’Etat, la Région et les collectivités, les partenaires privés, dans lequel les représentants des travailleurs demandent à être entendus.
Mais la concentration planifiée appelle un débat beaucoup plus large.
Elle véhicule tout d’abord un danger pour le nombre et la diversité des filières d’enseignements et de recherches : le rassemblement en un même secteur géographique amplifie le mécanisme de guichet unique mis en place à travers l’ANR, les Pôles de Compétitivité, les RTRA, et facilite la « mise en concurrence » par les entreprises.
Elle aggrave ensuite dramatiquement le déséquilibre entre le Sud-et-Ouest parisien et le Nord-et-Est. Peut-on prendre en considération le souhait d’un responsable d’Etablissement de déménager et s’installer sur le plateau, s’il craint que les alternatives soient situés à Cergy, Marne-La-Vallée ou dans les friches du 93 (épeler 9 - 3) ? Pourtant le développement des zones d’activité de Saint-Denis, Roissy, Marne et Cergy doit être soutenu par l’installation de centres d’Enseignements Supérieurs et de Recherche.
Pour mémoire, l’OIN concernant le Nord-Est parisien promeut les Sciences Sociales et Cognitives. Est-il besoin de dire qu’il est douteux que cela draine des investissements significatifs des entreprises ?
Compte-tenu des nuisances promises, des spéculations prévisibles, des conséquences envisageables dans les professions de l’enseignement supérieur et de la recherche, mais également sur la carte de la Région, les représentants des travailleurs demandent l’ouverture d’un débat.
Allons plus loin. Les réformes de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche entreprises par le gouvernement sont justifiées par des analyses stigmatisant le manque d’innovation, au sens de la production de technologies susceptible d’être commercialisées, et le manque de collectif, car il est en effet difficile de mobiliser des personnels de statuts différents sur des projets communs.
L’Agence Nationale pour la Recherche est l’emblème de la réponse choisie à ces maux. Nous avons déjà déploré l’absence de toute représentation élue dans ses instances.
Mais en quoi l’opération immobilière que constitue l’OIN contribuera-t-elle à corriger les tares proclamées ? Chacun sait que la condition nécessaire pour faire collaborer des personnels est, sous la tyrannie des progiciels de gestion, « de les inscrire sur la même ligne de budget », nullement de les installer dans le même bureau. Internet permet, si on le souhaite, de collaborer avec les antipodes.
En somme l’OIN se donne les moyens de ne pas traiter les « vrais » problèmes.